Il y a des histoires d’amour qui ressemblent à des montagnes russes, d’autres qui apportent son lot de doute et enfin celles qui, dès le début, portent un fardeau invisible : celui des blessures non refermées.
A notre époque, on enchaîne les relations comme on accumule des valises.
Chacune contient un fragment de nous même : un abandon mal vécu, une trahison enfouie, une colère muette contre l’autre ou contre soi.
On avance, pensant tourner la page alors qu’on ne fait souvent que la plier à la hâte, espérant que le prochain saura mieux lire entre les lignes.
Toutefois ce qu’on ne guérit pas, on le transporte et ce qu’on transporte, on finit par le déposer dans les bras de l’autre.
L’amour ne guérit pas
Il y a cette croyance tenace, romantique en apparence mais toxique dans le fond, que l’amour peut tout réparer.
Qu’il suffirait de rencontrer « la bonne personne » pour que les failles s’éclipsent, que les doutes se taisent, que les cicatrices deviennent de lointains souvenirs.
Or, l’amour, même sincère n’est pas un remède. Il peut être un miroir et parfois même un déclencheur mais il ne soigne pas ce qu’on refuse d’affronter en soi.
Quand on entre en couple sans avoir regardé ses blessures, on ne les efface pas. On les projette. On lit le rejet sur les silences de l’autre. On voit de l’indifférence sur son indépendance…
Et l’on exige sans le dire, que l’autre tienne debout à notre place.
Ce que l’on fait porter à l’autre
Chaque histoire passée laisse une trace et lorsqu’on ne prend pas le temps de guérir, cette trace devient un poids.
Beaucoup arrivent dans une nouvelle relation avec des attentes qui ne sont pas de l’amour. On veut être rassuré(e), choisi(e), réparé(e).
Le partenaire devient alors malgré lui un pansement, un thérapeute, une béquille.
Cependant on oublie souvent qu’il ou elle porte aussi sa propre histoire, ses doutes, sa fragilité.
Or aimer, ce n’est pas devenir le réparateur de l’autre. Ce n’est pas jouer à l’éclaireur dans le tunnel de ses blessures. Ce n’est pas s’oublier dans l’illusion de le sauver.
La guérison est un chemin solitaire
C’est l’un des actes les plus courageux et les plus salvateurs qui soit.
Reconnaître que l’on n’est pas prêt à aimer. Reconnaître que notre cœur a besoin de silence, de temps, d’écoute et de soin.
Et surtout, que ce soin ne peut venir que de nous.
La guérison intérieure n’est pas une étape glamour. Elle est difficile, inconfortable et exigeante.
Elle nous oblige à nous poser des questions qu’on évite depuis longtemps : « Pourquoi est ce que je me sens toujours rejeté(e) ? Pourquoi j’ai si mal ? Pourquoi est ce que j’ai si peur d’être quitté(e) ? Qu’est ce que je cherche vraiment à travers l’amour ? »
Ces réponses ne viendront pas de l’autre. Elles ne doivent pas.
Car lorsqu’on attend de l’amour qu’il nous répare, on entre dans une dépendance affective et quand on est dans le besoin, on n’est plus libre d’aimer.
On cherche à combler un vide, pas à construire un lien.
Aimer ce n’est pas réparer
On peut aimer quelqu’un et lui dire « non ». Non, je ne porterai pas tes blessures à ta place. Non, je ne me sacrifierai pas pour te faire croire que tu vas bien. Non, je ne t’accompagnerai pas là où tu dois aller seul(e).
Refuser de se sacrifier, c’est du respect. Du respect pour l’autre mais surtout pour soi.
On ne guérit pas les gens en les aimant plus fort. On ne les sauve pas en s’oubliant. L’amour ne devrait jamais être un refuge pour les douleurs non digérées. Il devrait être un espace de rencontre, pas de réparation.
Se réparer pour mieux aimer
Guérir, c’est redevenir responsable de soi. C’est apprendre à se donner ce qu’on demandait aux autres. De l’écoute, de la tendresse, de la validation et du pardon.
C’est de ne plus se fuir dans les bras d’un(e) autre et oser s’y présenter tel que l’on est. Avec nos failles, vulnérable mais toujours debout.
Ce n’est qu’à ce prix que l’amour devient un choix, pas un refuge.
Alors avant d’aimer, pose toi la vraie question : est-ce que je viens vers l’autre pour l’aimer ou pour qu’il m’aide à ne plus souffrir ?
Et si la réponse t’effraie, c’est le signe que tu es sur le bon chemin. Le tien.
Se rencontrer pour mieux se retrouver
On ne peut pas aimer pleinement si on ne s’est pas d’abord rencontré soi même.
On ne peut pas construire à deux sur des fondations fissurées.
Et on ne peut pas demander à l’autre de réparer ce que l’on refuse d’aller voir en soi.
L’amour n’est pas une thérapie.
Et la guérison… n’est pas un projet à deux.
Prend du temps pour toi, pour te rencontrer et te pardonner.
C’est la clé pour aimer avec un coeur libre de toute blessure.
