Pourquoi trouver du travail est devenu un parcours du combattant

Depuis la crise du Covid en 2020, le marché du travail ne s’est jamais relevé. Pire encore, il est devenu impitoyable.

Auparavant, décrocher un emploi était assez facile. Aujourd’hui la première étape qui est de décrocher un simple entretien d’embauche s’est transformée en un véritable parcours du combattant. Et malheureusement, personne n’y échappe (vendeur, agent d’entretien, ingénieur, courtier en assurance).

Là où la motivation, les diplômes, l’expérience ou ne serait-ce le feeling faisaient autrefois la différence, les critères sont aujourd’hui complètement flous. Même lorsque votre profil correspond en tout point à l’offre, vous êtes écartés sans aucune raison logique sans même avoir atteint d’étape de l’entretien.

Les offres d’emploi se comptent au compte-gouttes et les candidats ne cessent de se bousculer. La compétitivité est d’une brutalité sans nom.

Avant 2020, beaucoup avaient le luxe de refuser une proposition ou de démissionner sans trop s’inquiéter. Aujourd’hui, celui qui a la chance d’avoir un Cdi s’y accroche bec et ongles, même quand le poste ne lui plaît plus.

Dans cet article, j’aimerais partager les réalités auxquelles beaucoup de personnes sont confrontées sur le marché du travail et revenir sur l’introduction de l’intelligence artificielle dans les processus de recrutement qui a ajouté une nouvelle couche de sélectivité impitoyable dans la recherche d’emploi.

La perte de confiance face au refus

Chercher du travail demande une énergie considérable. Il faut se lever chaque matin, éplucher les offres dans son domaine, postuler et patienter sans jamais avoir la certitude que l’hameçon prendra. Sur des dizaines de candidatures, décrocher un entretien est une véritable bouffée d’espoir mais lorsque le silence ou le refus s’installe, on grignote peu à peu notre estime de soi.

Je vais parler de mon cas et de celui de deux amis.

J’ai travaillé plusieurs années dans l’hôtellerie de luxe. Au fil du temps, mon travail est devenu machinal et je ne ressentais plus d’épanouissement personnel. Pendant la crise du Covid, j’ai entamé une vraie introspection pour me réorienter.

J’ai toujours eu une passion pour l’esthétique et prendre soin des gens me procure un véritable sentiment de plénitude. J’ai donc décidé de passé mon CAP esthétique, puis mon BP pour me spécialiser.

Après trois ans d’études, je décroche finalement mon sésame tant attendu. Je pensais trouver facilement du travail mais je me suis confrontée à la réalité du marché.

Chaque jour, j’écumais les offres d’emploi et je me suis heurté à un premier mur. La majorité des offres exigeaient un à deux ans d’expérience minimum. Les postes auxquels je pouvais postuler se comptaient sur les doigts d’une main. Malgré cela, j’ai persévéré en envoyant jusqu’à cinq candidatures par jour, tous sites confondus.

Une ancienne connaissance m’avait dit qu’en moyenne, il fallait postuler à plus d’une dizaine d’offres d’emploi pour espérer décrocher ne serait-ce qu’un entretien. Il est difficile de candidater quand les critères se font de plus en plus sélectifs.

Après ces deux mois d’effort acharné, je n’ai obtenu que trois retours dont deux entretiens. Le premier, je l’ai décliné. Le poste portait sur de la vente de cosmétiques, ce n’était pas ce que je recherchais et le second s’est très bien déroulé.

Trois jours plus tard, j’ai reçu l’appel de la responsable. En l’espace d’une seconde, j’ai cru décrocher le poste. Grosse déception quand elle m’a annoncé qu’ils avaient finalement préféré un profil plus expérimenté.

Je venais tout juste d’être diplômée. Comment acquérir de l’expérience si personne ne m’en donne l’opportunité ?

C’est là que j’ai compris qu’en 2026, quels que soient vos diplômes ou même votre motivation sans faille, vous ne ferez pas le poids face à des candidatures plus expérimentées.

Cependant cette conclusion a été de courte durée. Deux de mes amis m’ont prouvé que même l’expérience et des diplômes solides ne suffisent plus. Le marché du travail ne repose sur plus rien de logique

Quentin (j’ai modifié son prénom pour préserver son anonymat), un ancien ami d’enfance, est ingénieur avec plus de quinze ans d’expérience. Il a postulé à une multitude d’offres d’emploi pour lesquelles il avait largement les compétences et il a essuyé refus sur refus, quand ce n’était pas le silence.

C’est en me documentant que j’ai découvert que l’IA s’était insidieusement glissée dans les processus de recrutement pour écarter des profils sur des critères incompréhensibles. J’y reviendrai plus tard.

Nora (j’ai également modifié son prénom), a plus vingt ans d’expérience dans le secteur des assurances. Avant le Covid, elle a travaillé de nombreuses années chez Axa. Suite à la perte de son poste, elle s’est heurtée de plein fouet au durcissement du marché.

Depuis, le seul contrat qu’elle a décroché est un CDD de six mois.

Le monde du travail est impitoyable mais sa sélectivité l’est d’autant plus.

Il y a des personnes qui se demandent « Que faire en attendant de trouver un emploi ? »
Mis à part faire preuve de patience, multiplier ses compétences en se formant notamment, ou utiliser le bouche à oreille (via ses connaissances ou les réseaux sociaux), il n’y a malheureusement rien d’autre à faire.

Lorsqu’on est dans le processus de recherche d’emploi, les refus répétés et le silence érodent la confiance en soi. On se juge durement, on doute de soi.
Le piège, c’est que le chômage de longue durée fait lui aussi fondre drastiquement la confiance en soi à mesure que la période d’inactivité perdure.

Une étude publiée par l’Insee a été menée par Sylvie Blasco et Thibault Brodaty. Cette étude a établi l’effet causal du chômage sur la santé mentale en France. L’étude a cherché à évaluer si l’expérience et la durée du chômage augmentaient les troubles mentaux. Le constat est très parlant, 36 % des hommes n’ayant pas travaillé pendant au moins un an ont rapporté des épisodes dépressifs, contre 18 % seulement quand le chômage a duré moins de six mois.

Pour lire l’étude, c’est par ici : https://insee.hal.science/hal-05514272/document

En 2026, peu importent vos diplômes, votre motivation ou votre expérience, plus rien ne fait la différence. Vous êtes en concurrence avec du flou. Vous ne pouvez plus vous jauger, ni même vous comparer. Plus rien n’est comparable.

L’IA dans le processus de recrutement

J’ai toujours pensé que l’IA apporterait plus de mal que de bien. Elle facilite nombre de tâches, c’est un gain de temps énorme mais elle a aussi poussé certains à la paresse.

Et oui, pourquoi faire le travail soi-même quand une IA peut le faire à notre place ?

Et le marché du travail ne déroge pas à cette règle.

Face à l’afflux de candidatures, les grandes entreprises ont introduit l’ia pour filtrer les profils et faciliter le travail de leurs RH.

Rien de plus simple, l’IA lit et traite les lettres de motivation. Elle se base sur des mots-clés spécifiques pour sélectionner les candidats qui passeront à l’étape suivante (l’entretien ou un test de sélection par SMS, j’y reviendrai juste après).

Si certains mots-clés n’apparaissent pas dans votre lettre de motivation, vous êtes écarté d’office et ce, même si votre profil correspond parfaitement au poste.

C’est le revers de toute innovation. On en tire des bénéfices mais aussi des inconvénients.

L’impact de l’ia dans le recrutement a bousculé le marché du travail, on retire tout affect du processus et on durcit de plus en plus, les critères de sélection.

Selon le rapport L’avenir du recrutement 2025 de LinkedIn, 58 % des professionnels du recrutement en France reconnaissent que l’intelligence artificielle a transformé la façon dont les organisations recrutent. L’ia est devenu un rouage incontournable dans le processus de recrutement.

Si j’ai un conseil à vous donner, notamment si vous faites partie de la vieille école qui rédige encore ses lettres de motivation à la main (oui, ça existe encore), faites là plutôt rédiger par Claude. Joignez lui l’offre d’emploi et demandez lui d’y intégrer des mots-clés pertinents pour le poste que vous visez.

Ça ne vous assurera pas le poste mais vous réduirez drastiquement les éliminations à cette étape là.

Le test par SMS

Certains employeurs sont prêts à tout pour jauger les aptitudes d’un futur candidat. Et en général, plus le poste est exigeant, plus vous serez susceptible de tomber sur ce genre de test lors du recrutement.

Le test du SMS a été popularisé par William Vanderbloemen, fondateur et PDG du cabinet de recrutement américain Vanderbloemen Search Group.

Le but ici est de simplement jauger la réactivité du candidat. Après un entretien qui s’est relativement bien déroulé, le recruteur envoie alors un message en dehors des heures de boulot, que ce soit une question technique ou une question banale et il observe le délai de réponse.

Une réponse immédiate confortera l’employeur sur la réactivité et les capacités d’adaptation du potentiel candidat.

Nota bene : Ce test est utilisé uniquement pour certains postes exigeants qui demande une disponibilité sans limite.

Voilà ou en est le marché du travail en France aujourd’hui

Vous l’aurez compris, trouver un emploi relève d’un vrai parcours du combattant.
Même les plus solides finissent par se confronter à une perte de confiance en soi, à force d’essuyer refus sur refus.

Ce qui, autrefois, faisait une vraie différence, la motivation ou même les diplômes, sont devenus des critères totalement insignifiants.

Les critères de sélection se basent désormais sur des logiques algorithmiques et bien souvent opaques. Des critères auxquels nous faisons face et qu’on ne maîtrise même plus.

Et face à tout changement, votre capacité d’adaptation et votre patience seront vos meilleurs atouts.

Dans le marché du travail, on finit par croire que seule la chance fait vraiment la différence.

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